Santé buccale et santé cardiaque : un lien vital à ne pas négliger
Pendant longtemps, la santé bucco-dentaire a été perçue comme un domaine à part, distinct de la santé générale. Aujourd’hui, les connaissances scientifiques nous rappellent une réalité incontournable : la bouche est une porte d’entrée vers l’ensemble du corps, et les maladies qui y prennent naissance peuvent avoir des répercussions graves, en particulier sur le cœur. Parmi les principales préoccupations figurent l’endocardite infectieuse, les risques liés aux maladies cardiovasculaires comme l’infarctus du myocarde, et la gestion des traitements anticoagulants ou antiagrégants dans un cadre dentaire. Une bonne hygiène buccale devient alors un véritable acte de prévention cardiovasculaire.
Une bouche saine pour un cœur en bonne santé
La cavité buccale héberge naturellement des millions de bactéries. Lorsque l’hygiène bucco-dentaire est négligée, ces bactéries prolifèrent, favorisant des infections comme la gingivite ou la parodontite. Ces maladies inflammatoires peuvent entraîner un passage des bactéries dans la circulation sanguine, un phénomène appelé bactériémie transitoire.
Chez une personne en bonne santé, ce type de bactériémie est généralement bien maîtrisé par le système immunitaire. Mais chez les personnes souffrant de certaines pathologies cardiaques (valvulopathies, prothèses valvulaires, antécédents d’endocardite…), ces bactéries peuvent se fixer sur les tissus cardiaques et provoquer une endocardite infectieuse — une infection rare de la paroi interne du cœur, mais potentiellement mortelle. Elle peut survenir après des soins dentaires invasifs (extractions, détartrages profonds, traitements endodontiques), surtout si une infection buccale est déjà présente.
Les recommandations actuelles (comme celles de la Société Européenne de Cardiologie) préconisent dans certains cas la prise préventive d’antibiotiques avant les soins dentaires chez les patients à haut risque d’endocardite. Cela concerne notamment :
- Les porteurs de valves cardiaques artificielles
- Les patients avec antécédents d’endocardite infectieuse
- Certaines cardiopathies congénitales
Cette prophylaxie antibiotique est un geste simple, mais essentiel pour prévenir une infection grave.
Hygiène dentaire et maladies cardiovasculaires : un lien démontré
Des études épidémiologiques ont montré une association entre les maladies parodontales (inflammations chroniques des tissus de soutien des dents) et les événements cardiovasculaires majeurs tels que l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral (AVC) ou encore la maladie coronarienne.
Les mécanismes en jeu sont multiples :
- L’inflammation chronique issue des gencives peut entretenir un état inflammatoire systémique, facteur de risque pour l’athérosclérose.
- Les bactéries buccales peuvent migrer vers les plaques d’athérome et les déstabiliser, favorisant la formation de caillots (thrombus).
- L’augmentation de certaines cytokines pro-inflammatoires dans le sang peut contribuer à l’épaississement et au rétrécissement des artères.
Ainsi, une mauvaise hygiène bucco-dentaire n’est pas seulement une source de caries ou de mauvaise haleine : elle devient un véritable facteur de risque cardiovasculaire modifiable, au même titre que le tabac ou l’hypercholestérolémie.
Soins dentaires et traitements anticoagulants ou antiagrégants
Beaucoup de patients sous anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel…) hésitent à consulter leur dentiste par peur de saigner.
Pourtant, la majorité des actes dentaires peuvent être réalisés en toute sécurité sans interrompre le traitement, à condition que le chirurgien-dentiste soit informé du traitement en cours. L’arrêt intempestif de ces médicaments peut entraîner un risque thrombotique majeur (infarctus, AVC, embolie pulmonaire).
Les recommandations actuelles insistent sur :
- L’importance de ne jamais interrompre un traitement anticoagulant sans avis médical.
- L’utilisation de techniques adaptées (compression locale, hémostatiques) lors des soins dentaires.
- Une coordination entre le dentiste et le médecin traitant ou cardiologue pour évaluer les risques et adapter la prise en charge.
Il est donc capital que les patients osent consulter leur dentiste, même sous traitement, plutôt que de laisser une infection dentaire évoluer au risque de complications graves.
Infarctus du myocarde et hygiène dentaire : un lien indirect mais réel
L’infarctus du myocarde, ou crise cardiaque, résulte d’une obstruction brutale d’une artère coronaire. Il est généralement causé par la rupture d’une plaque d’athérome, suivie de la formation d’un caillot. Comme vu plus haut, les bactéries et les médiateurs inflammatoires issus d’une infection buccale peuvent favoriser ce processus.
Plusieurs études ont montré que les personnes atteintes de parodontite sévère présentent un risque accru d’infarctus, indépendamment des autres facteurs classiques (âge, tabac, diabète…).
Il est donc recommandé aux patients ayant des antécédents cardiovasculaires :
- De renforcer leur hygiène bucco-dentaire (brossage biquotidien, fil dentaire, bains de bouche adaptés)
- De consulter régulièrement un dentiste, au moins une fois par an
- De traiter sans délai toute douleur ou saignement gingival
La prévention : clé d’une double protection
Quelques gestes simples peuvent réduire à la fois les risques bucco-dentaires et cardiaques :
- Brossage des dents deux fois par jour pendant au moins deux minutes
- Utilisation de fil dentaire ou brossettes interdentaires
- Détartrage professionnel tous les 6 à 12 mois
- Éviter le tabac, facteur aggravant à la fois des maladies gingivales et cardiovasculaires
- Contrôle du diabète, car l’hyperglycémie favorise la parodontite et l’athérosclérose
- Alimentation équilibrée, pauvre en sucres raffinés et en graisses saturées
La sensibilisation des patients est essentielle. Trop souvent, les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires ignorent encore les conséquences d’une mauvaise hygiène dentaire. De même, certains patients sous traitement anticoagulant évitent les soins dentaires par peur mal informée.
Professionnels de santé : un rôle crucial dans l’éducation et la coordination
Il est indispensable de renforcer la collaboration entre cardiologues, médecins généralistes, dentistes et pharmaciens pour garantir une prise en charge globale et cohérente du patient.
Les médecins peuvent encourager leurs patients à consulter un dentiste régulièrement. Les chirurgiens-dentistes, de leur côté, doivent prendre en compte les traitements cardiovasculaires et orienter leurs patients à risque vers un suivi médical adapté.
C’est pour cette raison que nous diffusons des campagnes d’information et de prévention nécessaires au grand public, encore trop peu conscient du lien fort entre bouche et cœur.
Conclusion
La santé bucco-dentaire ne doit plus être considérée comme secondaire. Elle est au cœur d’une approche préventive efficace contre les maladies cardiovasculaires. De la prévention de l’endocardite infectieuse à la réduction du risque d’infarctus du myocarde, en passant par la gestion sécurisée des traitements anticoagulants, l’hygiène dentaire devient un enjeu médical majeur.
Prendre soin de sa bouche, c’est aussi prendre soin de son cœur.




